Universitaire, titulaire d'un master, j'ai eu l'occasion de travailler durant deux ans à la rédaction de deux mémoires qui avaient pour enjeux de s'intéresser aux pratiques vidéo ludiques. C'était, avant tout, le rapport qu'entretenaient les joueurs avec les jeux vidéo qui constituait le point central de mon étude.

Malheureusement, n'ayant pu poursuivre mon travail, pour diverses raisons, j'ai quitté l'université mon diplome en poche laissant derrière moi aussi bien la philosophie que le jeu vidéo. Pourtant l'intérêt pour ces domaines est resté présent et a été ravivé il y a peu.

Pourquoi choisir le format "Blog" ? Étant dans l'incapacité, faute de contacts, de me voir édité dans le cadre de publication d'articles ou de livres, mais tout de même réceptifs et motivé par mes anciens objets de préoccupation, le blog me semble être le média le plus adapté à mes besoins.

Pourquoi Ludosophie plutôt que philosophie des jeux vidéo ? Le terme "ludosophie" est un concept qui m'est propre c'est pour cela que je l'ai, en partie, adopté. Mais ce n'est pas la seule raison. En effet, je ne me suis pas tourné vers l'idée de philosophie des jeux vidéo car ce terme me semblait beaucoup trop connoté. Je trouve qu'il laisse entendre que le philosophe, comme venu de nulle part, viendrait comme un colonisateur, ses bagages de concepts en main, parler en "expert" sur le jeu vidéo. Or, il me semble que ce ne soit pas la direction à adopter.

Il ne s'agit pas d'étudier un simple objet mais d'essayer de le comprendre dans son contexte, dans son utilisation et dans la relation que les personnes entretiennent avec lui (principalement les joueurs). Il me semble donc qu'il faille conserver l'humilité suffisante par rapport à ce thème, humilité qui n'est pas le propre d'un colon qui vient plus pour apporter ses vérités que s'intéresser à la compréhenion de ce qui lui fait face. L'enjeu n'est donc pas d'avoir cette attitude d'évangèlisation du jeu ou des joueurs eux-mêmes.

Pourquoi classer ce blog dans "inclassable" ? Simplement pour ne pas prétendre répondre à des attentes de certains visiteurs qui pourraient ne pas y trouver leur compte. En effet, il ne s'agit n'y d'un blog sur les jeux vidéo, ni d'un blog de philosophie à proprement dit.

Les joueurs, qui le consulteraient, pourraient, peut-être, être frustrés de ne pas y retrouver les choses courantes des sites ou blog de jeux vidéo, telles que les tests ou les news.

Les personnes attendant d'y trouver de la philosophie seraient peut-être déçues par un manque conceptuel poussé. Cependant, ceci est un choix car j'ai pu suffisamment observer à quoi la rigueur conceptuelle, poussée à l'extrème, pouvait conduire, à savoir : une certaine imperméabilité du propos, ainsi qu'à une forme de rigidité. Le but n'est pas de proposer quelque chose seulement compréhensible par une caste "d'élite", ce qui d'ailleurs n'est aucunement un gage de la qualité du propos. D'autre part, si certains philosophes ont pour habitude de creuser très profondemment les choses, il me semble qu'ils creusent parfois tellement loin qu'ils s'enfoncent dans des puits sans fond, perdant de vue leur objet d'étude, par la même occasion. En effet, il est noble de vouloir chercher le "sens" mais la plupart des significations proposées peuvent très souvent être remises en cause. De fait, croire qu'à un moment, à force de creuser, l'on tombera bien sur le "sens pur" revient à abandonner la philosophie pour y préférer une forme de religion personnelle. À trop vouloir creuser, certains philosophes se sont enfoncés si loin qu'ils ont vu leur objet d'étude devenir leur tombeau, la figure de Russell nous paraît en être l'illustration.

Le but est-il de prouver que les jeux vidéo sont des outils philosophiques ? Les jeux vidéo sont des supports proposant un certain contenu comme bien d'autres supports. S'ils sont philosophiques ce n'est que par l'intérêt qu'on peut leur vouer et s'ils engagent quelques réflexions ce n'est que parce qu'on s'y est suffisamment imergé. Par conséquent, les jeux vidéo ne sont pas par nature plus philosophiques que d'autres supports, tout dépend du type de relation que l'on entretien avec eux. 

Le but ne sera donc pas de vouloir faire ressortir à tout prix la capacité des jeux vidéo à être philosophiques. Si nous faisions cela, nous transformerions le jeu en outils et nous abandonnerions une chose essentielle qui permet de comprendre le jeu, à savoir : sa dimension ludique. Il n'est pas nécessaire de vouloir nier ce pour quoi le jeu est fait à l'origine, à savoir : divertir et amuser.

Par conséquent, le but n'est ni de proposer une philosophie sur les jeux vidéo, ni une philosophie à partir des jeux vidéo, mais bien de rester au niveau de la dimension relationnelle et contextuelle, d'essayer d'esquisser une compréhension de ce qu'engage le fait d'être un gamer, de ce qu'engage le développement des jeux vidéo pour notre société au sens large.

 

DK.

Ludosophie