Voici aujourd'hui une question qui me laisse songeur. Dans quelle mesure l'intérêt pour une chose et sa reconnaissance peuvent nuire à la qualité de la créativité, et à l'impartialité du jugement à son égard?

Des jeux indépendants présentés à l'IGF ont été l'objet de mes précédents articles. Cependant, le débat s'engage aujourd'hui à l'encontre de la crédibilité et de l'impartialité de ce festival et plus particulièrement à l'encontre du jeu finaliste FEZ, développé par Polytron. L'enjeu n'est pas de reprendre tout ce qui a été dit sur ce festival, les personnes intéressées pourront retrouver les critiques sur ce site: http://merlanfrit.net/IGF2012

Le but n'est pas, non plus, de rentrer dans les considérations liées à la personnalité du créateur de FEZ qui, certes, parait particulièrement antipathique (l'évoquer suffit, nous ne lui ferons pas de pub, quelle qu'elle soit).

Ce qui motive ce petit post est plutôt, la relation qui existe entre l'intérêt qui est porté pour une chose et la dégradation qui vient affecter cette même chose.

Récapitulatif grossier des choses :

Rappelons qu'aux débuts du jeu vidéo, peu de gens s'intéressait à ce nouveau produit. Or, lorsque l'intérêt se fit grandissant, suite à la réussite de jeux comme Pong et Pacman, que se passa-t-il ? Le marché du jeu vidéo fut inondé de mauvaises copies de Pong et Pacman, ce qui contribuât à lasser les joueurs. D'autre part, à cette époque du jeu vidéo artisanal, tout le monde s'engouffra dans la brèche, se réclamant du nom d'entrepreneur du jeu vidéo, qu’ils en aient les compétences ou non. Par l'absence de contrôles par les éditeurs de consoles et en raison des jeux réalisés par n'importe qui (n'importe comment), naitrons des "bouses intersidérales du virtuel" primées aujourd'hui pour être les pires jeux de l'histoire du jeu vidéo (la palme revenant à E.T l'extraterrestre). Tout ceci nous engagea vers la Crise de 1983 (crise du jeu vidéo bien entendu), dont Atari fit les frais.

C'est finalement Nintendo qui relèvera en 1985, à lui seul, toute une industrie morte avec la NES.

Si le jeu vidéo n'a pas connu de nouveau « Krach » depuis, la popularisation du média a contribué à de nouvelles dérives. Les choses ont été plus que remarquable concernant les jeux à licence à l'époque de la Playstation (PsOne). Il suffit de regarder les notes de jeux de l'époque comme : Men in Black, Independance Day, etc. Bien entendu, il est assez rare de trouver des jeux d'une aussi mauvaise qualité aujourd'hui et le marché semble s'être épuré. Toutefois, une autre dérive s'est engagée, à savoir: la non prise de risques des studios, l'inondation du marché par les suites et les blockbusters vidéo ludiques.

Nous voilà rendus bien loin du jeu vidéo artisanal des débuts, où la créativité primait sur la technologie. Tout ceci nous ramène au jeu indépendant, puisque certains veulent y voir le retour à une forme artisanale du jeu vidéo qui, certes, ne peut pas rivaliser avec les grands studios mais y est complémentaire, en étant proposé sur d'autres supports (téléphone portable, réseaux sociaux, etc.).

La question qui se pose: n'est-ce pas un projet déjà avorté; le jeu indépendant n'est-il pas l'enfant mort-né de la matrice vidéo ludique ? Celle-ci semble légitime lorsqu'on voit les débats que suscite l'IGF actuellement. Certains jeux indépendants ne sont-ils plus, déjà, indépendants aux vues des relations que leurs développeurs entretiennent avec les grands studios ? Ne risque-t-on pas encore de déséquilibrer le marché vidéo ludique en récompensant et finançant des jeux parfois à l'état de projet, bien loin d'être terminés ? Ou est la cohérence entre ces deux milieux, grands studio et Independant Game, et y a-t-il des personnes qui ne peuvent y trouver leur place, comme Tim Schafer ? Quels sont les risques pour la créativité qu’engagent ces méthodes ?

Nous nous arrêterons sur cette dernière question pour relever quelque chose qui n'a été que peu évoqué dans les critiques à l'encontre de FEZ. Etre sélectionné pour ce festival est une chose mais en être finaliste en est une autre. La qualité du jeu doit supposer de se démarquer de l'ensemble des autres jeux présentés sur un nombre important de critères. Or, à y regarder, FEZ fait aussitôt penser, au jeu Nebulus sur Atari (sortie fin des années 80, aux alentours de 1987). Certes, si FEZ était un Doom-Like, on ne lui reprocherait probablement pas de ressembler à Doom. Mais le problème c'est que, à la différence de Doom, Nebulus ne semble pas constituer un style. Il semble, en effet, assez inapproprié de parler de "Nebulus-Like" et la ressemblance que présente FEZ avec Nebulus semble moins de l'ordre du jeu appartenant à un genre général, que de ce qui ressemblerait au plagiat. Alors, bien qu'il ait peut être d'autres qualités, comment l'IGF n'a pas remarqué cette ressemblance et noté ce manque de créativité et d'innovation ?

Petite image de Nebulus…

Pour Nebulus vous trouverez une vidéo ici:

nebulushttp://www.youtube.com/watch?v=L9XTLM3fSHs

 Et un retrotest ici version Amstrad CpC (les testeurs déconnent beaucoup autour du jeu) :
nebulus: moggy/aspi show retro