L’E3 2012 était l’occasion pour Ubisoft de nous présenter ce qui ressemble à un petit bijou vidéo ludique, son prochain jeu : Watch Dogs (sortie prévue  2013). Ce jeu d’action se déroulant dans une société hyper connectée, aux habitants dénués de vie privée, nous ramène vers les dangers que susciterait un tel connexionnisme que sont : le piratage du réseau à l’origine de cette connexion et la menace de l’intégrité et de la liberté d’autrui par la manipulation du réseau.

C’est justement à cela que le joueur devra se livrer puisque le « héro », Aiden, se révèlera être un hacker de ce réseau nommé ctOS. Bien qu’il ne soit pas question de bâtir une cité, le jeu aura des airs de Godgame en donnant au joueur le pouvoir de contrôler l’ensemble de la ville à partir d’applications informatiques (contrôle des caméras de surveillance par exemple), ainsi qu’en permettant cette capacité d’omniscience à l’égard des protagonistes du jeu.

 

Ce jeu, par sa thématique, fera probablement écho à des représentations issues de la littérature comme 1984 sur l’idée du contrôle (G. Orwell), ou à des pans de l’univers cyberpunk. Bien entendu, l’appel de notre regard sur notre propre société qui tend à reposer elle-même de plus en plus sur le connexionnisme, sera suscité par ce jeu. Toutefois, il est à espérer que celui-ci ne se présentera ni comme un exercice de moralisation, ni comme une représentation dualiste et/ou manichéenne du technocratisme contre la nature humaine. Il serait d’ailleurs étonnant que cette voie moralisante soit empruntée par les développeurs qui s’emploient à mettre en place des applications de téléphonie mobile, permettant aux joueurs de rester connectés au jeu.

 

C’est sans doute ce qui semble le plus intéressant dans ce titre puisqu’au-delà d’une réflexion sur le connexionnisme et le contrôle, ce jeu a la prétention de se poser comme une expérience du connexionnisme auquel le joueur prendra part, lorsqu’il utilisera les applications de son téléphone réel.

Or, par cette mise en abîme, on peut se demander qui sera soumis au contrôle si ce n’est le joueur lui-même ?

Ainsi, il sera intéressant de voir si l’enjeu consiste à ouvrir la problématique du contrôle sur la question de son exercice, de sorte qu’il ne s’agit pas d’une pression étatique exercée sur le collectif mais bien d’un état s’engageant à convaincre la collectivité que le contrôle est l’œuvre de sa propre volonté. Ceci résonne d’ailleurs avec cette idée qu’il est moins question, dans le cadre de l’entreprise, de demander aux ouvriers de défendre les valeurs de l’entreprise, que de faire en sorte que l’ouvrier fasse siennes les valeurs de l’entreprise et les défendent, ainsi, presque naturellement. Sur cette idée de l’intériorisation de la contrainte je vous renvoie vers : Le monde sans fin des jeux vidéo, Maxime Coulombe, Paris, Puf, 2010, p.64-65.

Voici un petit trailer concernant le jeu Watch Dogs :