Voilà un petit post pour vous parler brièvement de la geekerie de fin d’année, à savoir : Les mondes de Ralph. J’ai eu l’occasion d’aller voir ce film d’animation hier.

 

Comme la bande annonce le présageait, le film de Disney comporte beaucoup de clins d’œil aux jeux vidéo avec, en particulier, la scène chez les « Méchants anonymes » et celles dans la gare centrale. Je ne reviendrais pas ici sur l’ensemble des personnages et/ou univers qui apparaissent dans cette forme de cross-over. Vous pourrez retrouver cela facilement sur le net mais attention, si vous n’avez pas vu le film et que vous comptez le voir, vous vous gâcheriez le plaisir (sinon allez faire un tour sur Wikipedia et vous saurez si vous avez eu un bon coup d’œil).

 

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Au-delà du cadre cross-over, on retrouve tout de même la patte Disney, avec un monde édulcoré dans lequel se passera une bonne partie de l’action ainsi que par la présence d’une petite fille particulièrement agaçante (pourquoi faut-il toujours un personnage aussi énervant dans les animés ?). Soyons honnête, si le film est plutôt bon ce personnage est particulièrement saoulant et les blagues pipi, caca, prout… qui lui sont associées desservent vraiment cette production.

Il s’agit donc d’un film à trois niveaux de lecture. Les gamers peuvent s’y retrouver par rapport à l’ensemble des clins d’œil. D’ailleurs, nous devons noter que Les mondes de Raplh font la part belle au retro-gaming et plaira aux joueurs de la première heure. D’autre part, les adultes non gamer mais qui ont au moins quelques connaissances classiques du jeu vidéo s’y retrouveront aussi, avec l’évocation de Mario et la présence de Sonic. Enfin, les enfants y verront un bon divertissement et s’ils sont aiguillés, ils s’intéresseront probablement aux jeux des années 70-80.

 

Ralph and DK

La question qui subsiste est : Y-a-t-il un concept intéressant dans ce film ? J’avais dans l’intention de vous parler de ce film quoi qu’il arrive, car celui-ci est suffisamment novateur pour que l’on en parle. En effet, au-delà de réaliser une première, ce cross-over témoigne de l’inscription du jeu vidéo dans notre culture et de la reconnaissance de celui-ci. Cependant, il n’y a pas que cela qui peut susciter notre intérêt.

Zang

  

Le film met l’accent sur l’idée du personnage dont le rôle est d’être méchant malgré lui. Prisonnier de son rôle, l’avatar ne bénéficie pas de la reconnaissance de ses congénères. D’ailleurs, sur le modèle nos société occidentale, le méchant est mis de coté, exclu au dehors comme on tient le barbare hors de la cité. Au-delà d’avoir ce rôle de méchant, Ralph est la caricature des classes sociales inférieures par sa profession, ses marnières de lourdaud, son physique pachydermique et sa tenue vestimentaire (on remarquera qu’il ne porte même pas de chaussure). Il est bien plus qu’une représentation de l’exclusion liée à la méchanceté, il est la représentation de l’exclusion elle-même sous ses différentes formes (quoi que l’exclusion liée à une forme de handicap serait plutôt assimilable à la petite fille avec laquelle il partage l’affiche).

Il est intéressant de voir que le terme « méchant » est ici plus qu’un qualificatif supplémentaire qui viendrait s’ajouter aux autres. Son rôle de méchant ne lui octroie aucune reconnaissance, matérielle, financière, relationnelle mais l’absence de toutes ces choses conduise à ce que, « dans sa vraie vie », Ralph soit perçu comme fondamentalement méchant au-delà de son rôle. D'ailleurs, de façon proportionnellement inverse, cela fait écho avec la notion de gentilhomme qui caractèrise moins un homme "gentil", qu'elle ne renvoie à un ensemble de traits tels que le statut social, financier, matériel, les manières, etc. Cette approche est pertinente et nous renvoie vers des questionnements relatifs au traitement des individus reconnus comme criminels, dans nos sociétés, que l’on ne se prive pas de dénommer « Monstre ». Or, nous pouvons penser que l’idée véhiculée par « Les mondes de Ralph » résonne avec celle selon laquelle, les individus que nous pointons du doigt en criant au monstre, ne sont que les monstres que nous nous sommes efforcés de créer. D’ailleurs, lors de la réunion des « Méchants anonymes », par la formule «Tu es méchant mais… Tu n’es pas Méchant ! », c’est un Zangief presque psychologue qui tentera de faire prendre conscience à Ralph de s’accepter tel qu’il est.  

Zangief

L’autre point digne d’intérêt, c’est le fait que le jeu vidéo rend possible ce qui est difficile dans le réel. Dans la réalité, le « méchant » est exclu et il est assez rare que l’on éprouve sympathie ou admiration à son égard. Or, dans le jeu vidéo cela est tout à fait possible.

Nous pouvons l’observer à travers les antihéros (un Kain de Legacy of Kain, par exemple) ou des méchants authentiques (Sephiroth de Final Fantasy 7). Ralph n’est n’y l’un, ni l’autre, mais reste un « méchant » que l’on peut apprécier à la manière d’un Donkey Kong qui, rappelons le, n’est méchant que parce qu’il s’insurge face aux coups que lui donne son maître (Mario) et s’enfuit en kidnappant Pauline (la fille qui précéda Peach). Ceux sont ces « méchants », pas si méchants, pour lesquels l’attachement et la sympathie se développent suffisamment pour qu’ils puissent réclamer leur propre jeu, dans lequel ils seront héros à leur tour.

DK vs Ralph