Un nouvel épisode qui se sera fait longuement attendre et qui se centre sur le nether. Le nether ou nexus, plus qu'un nouveau monde, constitue un point d'accès vers de nouveaux horizons car, sans nous permettre de nous affranchir totalement des conditions spatio-temporelles, celui-ci nous engage à transgresser les notions de distances.

S'il était déjà question de la notion de voyage dans le précédent épisode, de sorte que nous étions soumis à des conditions topologiques, il est ici question d'une tentative de réappropriation du voyage comme possibilité (peut-être fictive) d'une émancipation de notre condition d'Être situé, ainsi que d'une prise de position sur le monde.

De la même façon que la notion de voyage a vu son sens évoluer dès lors que les vecteurs du voyage se sont développés (piéton, cheval, navire, avion, etc.) engageant une contraction des distances dans le rapport psychologique des individus à l'égard du monde réel, Minecraft, par le biais du nether, nous invite à cette contraction du monde initial.

A l'instar d'une agence de voyage ou, mieux encore, d'un trou de ver ( ponts d'Einstein-Rosen ), chaque portail faisant office de trou noir ; le nether trouve son intérêt dans la possibilité qu'il fournit au joueur, si ce n'est d'échapper à l'espace-temps, de le déformer à la manière d'une feuille de papier que l'on plierait. Ainsi, un instant ou éternellement (qui sait...? car le nether n'est apparemment soumis à aucune temporalité), le joueur se soustrait en apparence au monde ainsi qu'aux limites que sa propre matérialisation lui impose dans ce monde.

Le joueur semble glisser en deçà du monde et de ses propriétés à la manière d'un "slider", rendant presque justice à cette désignation de nether, entendu comme « profondeur ». Bien entendu tout ceci n'est qu'artifice car le nether, bien que dépourvu de phase jour/nuit, est tenu par une temporalité implicite dès lors que des événements s'y déploient selon une logique de succession rationnelle identifiée par des moments distincts et ce, dans des positions tout aussi distinctes concrétisant un espace de déploiement.

En résumé, le Nether est bien un monde qui n'atteint pas la transcendance et qui, en raison des possibilités restreintes qu'il propose en son sein, n'est pas, non plus, particulièrement transcendant. Il n'est là que comme une boite à outil supplémentaire pour prendre position sur et dans le monde initial de manière à y exercer ses possibilités d'existence. Cependant, il reste intéressant en tant que métaphore de la limite que pose les théories des arrières monde, d'autant plus lorsque ces théories s'évertuent dans la tentative d'une approche descriptive de ceux-ci. Certains propos à l'égard d'un arrière monde tel que l'inconscient qui échapperait à la domination de la conscience mais que certains, pourtant, s'évertuent à essayer d'appréhender au regard de systèmes catégoriels issus d'une conscience rationnelle, sont confrontés à ce paradoxe. Le nether, me semble-t-il, traduit ce paradoxe dès lors qu'il s'apparente a priori, tant que nous ne l'avons pas exploré, à un arrière monde plein de promesses et de mystères mais qui finalement, lorsque l'on y met les pieds, ne se révèle n'être qu'un monde toujours assujettit aux catégories d'une conscience intentionnelle.

 

Voici le fichier qui vous permettra, si vous le souhaitez, de reprendre la partie au même niveau que la fin de l'épisode : ICI

Ludosophie en territoire cubique Ep5