Dans son acception commune, le sadisme est considéré comme une recherche de plaisir à travers la souffrance d’autrui. Cette souffrance à l’égard d’autrui ne doit pas être l’effet de la contingence, pour que l’on puise parler de sadisme. Celle-ci doit reposer sur l’action volontaire d’un individu à l’égard d’un autre, conduisant à faire souffrir ce dernier, afin d’en tirer quelques jouissances.

Si la notion est fréquemment rattachée à la sexualité, le sadisme peut s’exprimer indépendamment, de sorte qu’il s’agit avant tout d’un plaisir consistant à exercer un pouvoir et un contrôle sur autrui, indépendamment de sa volonté. Ainsi certaines pratiques professionnelles, certaines formes de management par exemple, peuvent être assimilées à une forme de sadisme dès lors qu’un hiérarchique s’emploi à surcharger ou à imposer des objectifs inatteignables à un salarié, bien que l’on emploi le plus souvent le terme de harcèlement psychologique.sad

 

Pourquoi s’arrêter sur cette notion ? Si nous nous arrêtons sur le simple fait qu’il est question de souffrance, les jeux vidéo qui nous mettent en présence de simples avatars ne peuvent pas faire état d’une forme de sadisme. Quel joueur s’est préoccupé de la souffrance de Mario lorsqu’il tombait dans un trou ? Probablement aucun… Mais il n’y a pourtant là aucun sadisme car, quand bien même le joueur jetterai volontairement notre brave moustachu dans le vide, l’absence d’une souffrance manifeste ou d’une douleur tant physique que psychologique chez l’avatar nous engage à refuser l’idée d’un sadisme vidéo-ludique.

 

Le sadisme ne peut être assimilé à la simple souffrance d’autrui, ni même au simple fait que celle-ci soit causée par une action volontaire. Pour parler de sadisme, il faut encore que la souffrance engagée à l’égard d’autrui soit suffisamment perceptible pour que le tortionnaire en éprouve du plaisir et soit lui-même caractérisé de sadique. Or, il ne va pas de soi de concéder à l’avatar la qualification d’autrui et il est encore moins facile d’accorder à celui-ci la capacité de ressentir une souffrance, suffisamment perceptible, qui procurerait une forme de plaisir au joueur. À supposer que l’on veuille tout de même qualifier ces attitudes de « sadisme », celui-ci n’est pas plus inquiétant que le sadisme infantile que l’enfant manifeste à l’égard de ces jouets en les jetant, en cassant la jambe d’une de ces figurines ou en arrachant la tête d’une de ces poupées. S’il est bien question de l’exercice d’un pouvoir, l’enfant n’exerce pas ses puissances sur autrui mais fait l’épreuve de ses propres limites. Dans ce cas, l’enfant ne tire pas de jouissance de la souffrance d’autrui mais bien de lui-même, à travers le dépassement de ses propres limites. Ainsi joueurs et enfants sont moins des Monstres que des êtres dans la monstration et même dans la démonstration de l’exercice de leurs puissances vis-à-vis de leurs parents, famille ou amis, par le dépassement des contraintes qui s’exercent à leur encontre.

 

Cependant, certaines attitudes apparues avec l’ouverture des possibilités d’action au sein des jeux vidéo peuvent nous laisser perplexes et nous inviter à nous interroger sur la notion de sadisme.

Cette première vidéo peut prêter à réfléchir :

Skyrim sex life.

S’il est difficile d’estimer si le joueur éprouve du plaisir à torturer ses victimes, il semble du moins en tirer dans le fait d’exposer leur tête comme des trophées. Le terme « victime » est peut-être un peu fort si l’on considère qu’il ne s’agit que de pnj et qu’ils ne sont, à proprement dit, pas sujet à la souffrance, dès lors qu’ils ne sont tout simplement pas sujets.

Si cette première vidéo peut susciter l’inquiétude, la seconde interpelle encore plus dès lors que l’on considère que le joueur visible à l’écran voit sont avatar torturé par celui d’un autre joueur. Certes, tous se passe par avatars interposés et aucun joueur ne fait a proprement dit l’épreuve de la souffrance. Toutefois, l’un est bien victime de l’autre dès lors qu’il se voit contraint d’obéir, qu’il est soumis aux volontés de son tortionnaire et que sa liberté d’action dans le jeu se trouve aliénée. De son coté, par la manifestation folle de rires sadiques, le tortionnaire semble prendre beaucoup de plaisir à lui faire subir diverses humiliations ainsi qu’a exercer son pouvoir sur lui. 

GETTING KIDNAPPED & TORTURED!!!! - (DayZ)

 

La question qui peut subsister consiste à se demander si le fait que tout ceci se passe dans un univers virtuel, soustrait à ces comportements leur caractère sadique ? Tout se passe dans le virtuel, cependant, il est bien question d’une attitude consistant à exercer son pouvoir sur autrui de sorte qu’il soit totalement soumis. Ce contrôle exercé sur l’autre semble bien procurer un plaisir intense au tortionnaire qui passe d’ailleurs par la sexualité, compte tenu de la nature de certains sévices exercés. (tir dans les parties génitales).  

 

C’est encore une de ces problématiques sur laquelle je n’ai pas de réponse mais qui ne manque pas de m’interpeler et cela, d’autant plus, si l’on imagine une nouvelle ère du jeu vidéo qui passera probablement par l’Oculus Rift…